Je prends connaissance avec effroi du résultat de certaines enchères du .ME. Ainsi un brésilien nommé Georg Kohler aurait-il payé 90025 USD pour acquérir toyota.me. Peut-être ce monsieur Kohler est-il le fils caché du patron de Toyota me direz-vous ? Soit, mais dans ce cas il a aussi de la famille chez Porsche puisqu'il a acheté porsche.me ! Sans oublier son cousin tchèque, puisque Georg Kohler a également payé 20010 USD pour skoda.me.
Mais comment diable peut-on laisser des acheteurs de noms bafouer à ce point les droits de propriété intellectuelle en les amenant à débourser des fortunes pour des noms qu'un simple UDRP pourra ensuite leur enlever ?
Pour moi, c'est de l'inconscience pure et simple. L'extension du Monténégro a été lancée avec le même modèle d'enchères organisées par le registre déjà utilisé sur des extensions comme le .MOBI ou le .ASIA. A chaque fois, on vise bien entendu les domainers. On incite ces professionnels du nom de domaine à prendre ces nouveaux noms qui "demain vaudront une fortune". On gonfle leurs espoirs d'un fort retour sur investissement en mettant les meilleurs noms aux enchères et en affichant ainsi des prix d'achats incroyables.
Les grands gagnants sont bien entendu les registres. Ce sont eux qui encaissent les revenus des enchères et c'est à eux que profite la ferveur générée par ces ventes. Les grands perdants ? Peut-être les utilisateurs finaux des extensions concernées.
D'après John Levine, membre du Comité de conseil du .MOBI, les enchères organisée par le registre furent un "succès financier mais un échec pour les utilisateurs". Pourquoi ? Parce que dans leur frénésie à acheter les meilleurs noms premiums, les spéculateurs ont écartés les vrais utilisateurs. Résultats, ces noms ne servent aujourd'hui à rien. Ils sont parqués et n'hébergent aucun contenu utile. Pis, dans le cas du .MOBI en tout cas, aucun contenu spécifique aux appareils mobiles n'a été développé pour ces noms. Un comble quand on sait que la raison d'être du .MOBI est de permettre aux utilisateurs de trouver du contenu adapté à leurs petits écrans.
Alors faut-il arrêter ces enchères organisées par des registres ? Les registres répondront peut-être que c'est un moyen de rentabiliser l'argent qu'ils investissent dans le lancement de nouvelles extensions. Ou que les enchères sont le seul moyen d'attribuer équitablement les noms.
Mais le .EU, le .MOBI et le .ASIA ont tous montré le contraire. Le .EU en préférant un système de premier arrivé, premier servi pour départager les éventuelles demandes multiples (système qui n'est pas non plus sans poser problème dans certains cas). Les autres en montant des programmes d'appels à candidatures pour des projets construits autour de noms premium. Comme l'une des conditions pour obtenir un nom dans le cadre de ces programmes est de l'exploiter pour le bien de la communauté, tout le monde en profite (un exemple : weather.mobi (météo en anglais) attribué à l'équivalent de Météo France aux USA). Le registre, qui voit son extension médiatisée d'une façon très positive. Le propriétaire du nom, qui n'a pas à le payer une fortune pour réaliser son projet. Et les utilisateurs, qui trouvent un contenu réel et réellement utile.
Plutôt que les enchères, n'est-ce pas ce genre de modèles qu'il faudrait étudier pour les prochaines ouvertures d'extension ?