Actuellement, l'Add Grace Period (dont on avait parlé ici) figure dans tous les contrats ICANN registrars/registres . Pendant les 5 premiers jours de vie d'un nom de domaine, le registrar l'ayant enregistré peut l'annuler et se faire rembourser des frais payés au registre (la taxe d'enregistrement).
Mais le registrar est également redevable d'une taxe à l'ICANN. C'est notamment par ce biais que l'ICANN finance une grosse partie de son budget (ce n'est pas la seule taxe payée à l'ICANN par les registrars, qui déboursent également pour se faire accréditer et doivent aussi payer une redevance annuelle en fonction du nombre de noms de domaine qu'ils gèrent). Or actuellement, l'ICANN exonère de cette taxe tout nom de domaine de moins de 5 jours. L'AGP est donc une période de gratuité complète.
Rappelons que l'AGP a une réelle utilité pour les registrars, car elle permet de lutter contre les paiements frauduleux (fausses cartes de crédit) qui sont très fréquents sur des achats à bas prix comme les noms de domaine. En France, l'aspect inique du système n'a d'égal que la délicieuse ironie des banques. En effet, au moment de l'achat, nos systèmes de paiements en ligne valident les informations CB soumises par l'acheteur, tout comme le fait la borne CB lorsque vous réglez vos courses à la caisse de votre supermarché. L'autorisation d'achat est donc délivrée par la banque. Pourtant, lorsque paiement frauduleux il y a, le marchand (nous) n'est prévenu que des semaines après. Et là, la banque (celle-là même qui avait autorisé la transaction) n'endosse aucune responsabilité. Au marchand de supporter l'impayé…
Dans ses délibérations du 23 janvier (elles sont en ligne, vous pouvez donc en prendre connaissance) le Conseil de l'ICANN a pris en compte l'utilité de l'AGP. Sa décision de taxer tous les noms, même ceux de moins de 5 jours, ne porte donc que sur la taxe ICANN et pas sur la taxe d'enregistrement. En clair, si la proposition du Conseil devient réalité, un registrar pourra toujours se faire rembourser de la taxe d'enregistrement pendant l'AGP, mais ne pourra plus récupérer la taxe ICANN.
A priori, le raisonnement semble logique. En supprimant la gratuité totale, sans pour autant supprimer la possibilité de rembourser les frais d'enregistrement d'un nom, l'ICANN pense porter un coup fatal au Domain Tasting sans pour autant détruire l'AGP. Une sorte de "frappe chirurgicale" contre le Tasting qui, je l'avoue, me semble habile et issue d'une vraie volonté du Conseil de l'ICANN de trouver la meilleure solution à un problème qui est loin d'être simple.
Ce remède sera-t-il efficace ? Difficile à dire (la taxe ICANN étant nettement moins élevée que la taxe d'enregistrement payée au registre, sa suppression n'empêcherait à priori pas ces registrars adeptes du Tasting de le proposer quand même, non plus gratuitement, mais à très bas prix).
Une chose est sûre, le remède ne plaît pas à certains de mes collègues registrars américains. Pour eux, lorsqu'il faudra supprimer un nom payé frauduleusement sans pouvoir être remboursé de la taxe ICANN, ce sera en fait le registrar qui payera la fraude. Ils proposent de maintenir la gratuité complète durant l'AGP, tout en instaurant un système de seuils : au-delà d'un certains nombres d'enregistrement par jour, le registrar perd son exonération. L'idée étant que, comme les Tasters enregistrent des millions de noms (parfois des centaines de millions) par jour, si le seuil est nettement inférieur, il sera possible de les arrêter sans pénaliser les registrars honnêtes.
La discussion va maintenant se poursuivre directement entre la Registrar Constituency et le Conseil de l'ICANN à New Delhi, lors d'une réunion de travail officielle. J'y serai, et je vous raconterai tout ça...
La pression commence à se faire fortement sentir sur le Domain Tasting. On a l'impression qu'il ne se passe plus une journée sans qu'une nouvelle attaque soit lancée contre ce fléau. Cette fois, c'est au tours de Neustar et d'Afilias, respectivement regis
Tracked: Feb 07, 22:41