Le .SU, c'est l'extension de feu l'Union Soviétique. Pour ceux qui reviennent d'un long voyage, il s'agit bien de cette même Union Soviétique qui a cessé d'exister en 1992. Sa disparition a fort logiquement amené l'ISO à supprimer le code SU de sa liste. Et comme pour pouvoir être, une extension nationale doit obligatoirement figurer dans la liste officielle ISO, le .SU a été condamné par l'ICANN.
Comme elle l'a fait pour les pays issus de l'ex-Yougoslavie en remplaçant le TLD .YU par les .RS (Serbie) et .ME (Monténégro), l'ICANN a décrété la suppression du .SU et son remplacement par les .RU (Russie), .BY (Biélorussie) ou encore le .UA (Ukraine).
Dans la cas de l'ex-Yougoslavie, tout c'est bien passé. Les acteurs locaux ont joué le jeu. Le .RS est d'ores et déjà fonctionnel (INDOM a déjà enregistré plusieurs .RS pour ses clients) et le .ME ne va pas tarder à être lancé.
Problème, les Russes se montrent nettement moins coopératifs. En clair, ils refusent tout simplement de lâcher le .SU !
L'histoire est intéressante à suivre car c'est la première fois que L'ICANN voit son autorité contestée de cette façon.
En résumé, l'ICANN avait envisagé une transition du .SU vers les extensions le remplaçant sur un ou deux ans. Or dans une lettre datée du 27 juin 2007 et envoyée au PDG de l'ICANN Paul Twomey, le gestionnaire du .SU, FID (Fund on Internet Development) et le registre national RIPN (Russian Institute for Public Networks) ont clairement indiqué leur volonté de garder le .RU. "Il y a plus de 8 000 .SU de deuxième niveau et 100 000 .SU de troisième niveau," disaient-ils dans ce courrier. "Voilà qui témoigne du fort succès de l'espace virtuel .SU et reflète l'existence d'une communauté partageant une langue, des racines culturelles une histoire et des liens humains, commerciaux et scientifiques."
Et d'ajouter que s'il n'était vraiment pas possible de trouver un moyen de garder le .SU, une transition pouvait certes être envisagée, mais plutôt sur une durée de 10 à 15 ans !
Pour l'ICANN, la seule solution pour garder le .SU serait de voir ses gestionnaires demander une dérogation à l'ISO pour permettre la réinstallation du code SU dans la table ISO. Il serait éventuellement possible de demander à faire du .SU un code "réservé à titre exceptionnel" comme c'est le cas du EU ou du UK (le code ISO officiel du Royaume Uni restant le GB)…
Le régulateur s'inquiète, à priori à juste titre, de la confusion entretenue par les opérateurs du .SU auprès de leurs clients. Ces derniers ne savent visiblement pas qu'ils continuent à acheter des noms sur une extension condamnée.
Car tout le problème est là : bien loin de mettre en suspend l'activité sur le .SU, son registre multiplie depuis quelques temps les initiatives commerciales. Ainsi a-t-il baissé le prix de 80% ! Et le 14 avril dernier, il a ouvert une période sunrise pour le lancement d'IDN en .SU !!
Pour l'ICANN, le message est clair : l'opérateur du .SU n'a aucune intention d'arrêter son extension. La réponse a apporter l'est moins. Que peut faire l'ICANN dans pareil cas, si ce n'est lâcher la bombe nucléaire que serait le fait de débrancher tout simplement le .SU de l'Internet ? Pour l'instant, la voix diplomatique continue d'être privilégiée par l'ICANN. Mais jusqu'à quand ?